3 QUESTIONS A Paul FEDERICI – Consultant et expert en montres de luxe et joaillerie pour Vestiaire Collective

Paul FEDERICI

Dans le cadre de leur parcours au sein de NEOMA BS, les étudiants du master IM’Luxe vivent une « week in Paris ». Cette semaine d’immersion au sein des plus grandes maisons du Luxe de la capitale est l’occasion de rencontrer des intervenants professionnels prestigieux, dont certains sont diplômés de l’École. A l’image de Paul FEDERICI, expert en montres de luxe et joaillerie qui prend position sur l’avenir du luxe et son parcours de Néomien.

 

Qu’est-ce que NEOMA Business School vous a apporté ?

NEOMA Business School m’a permis d’acquérir une culture de base sur le fonctionnement de l’entreprise. Une vision macroscopique, doublée d’une méthodologie qui permet d’appréhender la notion de marché et de son fonctionnement : être pertinent sur un marché, savoir se vendre de manière non pas court-termiste mais pérenne.

Ainsi qu’un autre élément précieux : le réseau !

D’ailleurs j’essaye de rester fidèle à la notion de transmission. Lorsqu’un étudiant me contacte, sur LinkedIn par exemple, je suis toujours partant pour du partage d’expérience, ou un échange des conseils.

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Quel pourrait être selon vous, l’avenir du luxe ?

Selon moi, le marché du Luxe va se scinder. Mon pressentiment est qu’une dichotomie va apparaitre entre une nouvelle forme de luxe « de masse » et de luxe que je qualifierai « d’élite ».

Une troisième voie s’ouvre certainement avec Vestiaire Collective. Qui, pour moi, se retrouve un peu en dehors de ce contexte, étant donné que la valeur qu’il propose repose sur le vintage. Le vintage est le cœur de leur stratégie, leur fer de lance et en même temps la légitimation de leur action. Cet entre-deux, qui est aussi le « marché gris », devient une partie intégrante du secteur du luxe, qui se retrouve lui aussi touché par la « sharing économie », au même titre que l’auto-partage !

Cependant, je suis convaincu que nous perdons une partie du luxe. La segmentation géographique qui s’emploie à proposer des produits adaptés à une cible, perd son sens en tant que luxe. Dans certains cas de figure, il ne s’agit plus que de vendre des produits chers à une cible particulière. C’est une inversion totale de vision lorsque les « targets » dictent aux grandes maisons du luxe ce qu’elles doivent faire. Par ailleurs, qui aurait envie d’acheter du luxe de masse ? J’ai bien consciences des impératifs de croissances qui s’imposent aux entreprises mais je pense que les grandes marques du secteur devraient se questionner plus profondément ce point.

J’ai peut-être une vision trop puriste, mais pour moi, le luxe doit étonner, surprendre, fasciner et au-delà même : interroger. J’aime repartir sur l’étymologie même du mot : « Lux » ; la lumière en latin.

Le luxe doit être libre d’imposer ses tendances. Je dis bien imposer et non pas proposer.

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants ?

J’ai envie de leur dire qu’il faut qu’ils rejoignent ce secteur pour les bonnes raisons. Qu’ils en soient passionnés, qu’ils aient pour moteur l’excellence, la qualité, la volonté de donner le meilleur d’eux-mêmes, qu’ils soient humbles, ouverts, qu’ils aient envie d’apprendre et de partager avec humanité et bienveillance.

Dans cet univers, qui brille par ses lumières, les égos mal placés n’ont pas leur place. Car, il est beaucoup plus facile de détruire quelqu’un, que de faire progresser. Je parlerai d’expérience, mais on n’admire que les personnes qui se comportent aussi bien avec leurs équipes que leur N+1.